La troisième découverte concerne le rôle des émotions dans l’apprentissage. Longtemps considérées comme un obstacle, les émotions, selon les recherches modernes, ne sont pas associées à une composante émotionnelle et ne s’intègrent donc pas à la mémoire à long terme. Lorsqu’un élève a peur de répondre au tableau, est gêné par une erreur ou s’ennuie en classe, son amygdale bloque l’accès au cortex préfrontal, centre de la pensée et de la mémorisation. À l’inverse, la surprise, la joie d’une petite découverte, voire un débat constructif, déclenchent une libération massive de dopamine et de noradrénaline, ce qui favorise la mémorisation. C’est pourquoi les meilleures écoles du monde utilisent de plus en plus la narration, les questions stimulantes et l’humour. Par exemple, un professeur d’histoire pourrait commencer un cours par la phrase : « Et si je vous disais que Louis XIV n’était pas un monarque absolu, mais un otage de sa propre cour ?» avant d’explorer les faits. L’accroche émotionnelle est toujours efficace.
La quatrième découverte réfute le mythe des « aptitudes innées » en mathématiques ou en langues. Les neurosciences ont prouvé que le cerveau n’est pas divisé en cerveaux « intellectuels » et « techniques ». Il existe simplement différentes manières de stimuler certains réseaux neuronaux. Par exemple, la zone responsable du sens des nombres (le sillon intrapariétal) se développe comme un muscle : par la pratique. Une expérience française menée dans des quartiers défavorisés de Paris a démontré que des séances quotidiennes de 15 minutes de calcul mental et d’imagination spatiale, pendant six mois, ont permis de combler l’écart de réussite en mathématiques entre les enfants issus de familles aisées et ceux issus de familles défavorisées. De plus, leurs résultats en français se sont également améliorés ! Conclusion : l’idée que « tu n’es pas fait pour ça » est une prophétie autoréalisatrice qui tue la motivation. Les enseignants et les parents devraient remplacer la phrase « Tu n’en es pas capable » par « Tu n’as pas encore appris, mais tu peux t’entraîner.»
Cinquièmement, d’un point de vue pratique : la répétition espacée est bien plus efficace que le bachotage. L’oubli n’est pas un dysfonctionnement, mais une caractéristique du cerveau, un mécanisme de défense contre la surcharge. Le psychologue allemand Ebbinghaus a élaboré la « courbe de l’oubli » au XIXe siècle, mais ce n’est qu’avec les neurosciences que nous avons compris pourquoi la répétition à intervalles croissants était si efficace. Le meilleur programme : première répétition après 1 heure, deuxième après 7 heures, troisième après 1 jour, quatrième après 3 jours, cinquième après 7 jours, sixième après 30 jours.
